La ville maudite de Bodie

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Bodie est l’exemple type d’une ville fantôme comme il en existe tant dans l’Ouest américain, une ville autrefois prospère, qui comptait plus de 10 000 habitants en 1880, une ville prospère aujourd’hui laissée à l’abandon. Bodie est aussi le parfait exemple d’une ville hantée par ses anciens habitants. Partons visiter cette ville de l’Ouest américain.

 

L’histoire de Bodie

La ville maudite et hantée de Bodie

 

Nous sommes en 1859, à l’époque de la ruée vers l’or. Un prospecteur, William Body, découvre de l’or près de la ville de Bodie (qui n’était pas encore une ville).

Un camp de chercheurs d’or s’établit donc à l’endroit découvert par William Body. Pour la petite anecdote, ce dernier mourra un an plus tard et les chercheurs d’or baptiseront le camp Bodie (avec une faute d’orthographe volontaire ou non) en son honneur.

Les chercheurs d’or extraient un peu d’or de la surface, rien d’extraordinaire. Ce n’est qu’en 1874 qu’une veine extrêmement importante est mise au jour. Les chercheurs d’or affluent en masse et le camp devient une ville. La ville de Bodie était née.

Deux ans plus tard, les frères Cook achètent la mine pour 67500 dollars et fondent la Standard Consolidated Compagny. D’autres mines sont découvertes, attirant de plus en plus de prospecteurs dans la ville. En 1880, une trentaine de mines fonctionnent faisant ainsi développer la ville à vive allure. Des centaines de bâtiments sortent de terre. La ville en comptera plus de 1000 en 1880, des saloons, des brasseries, des salles de jeux, des bordels, des fumeries d’opium… Bref, une vraie ville de chercheurs d’or du « Wild West ».

À Bodie, on trouvait aussi plusieurs hôtels, des magasins généraux, des salles de danse, trois journaux, deux banques, des restaurants, une école, une prison, un cimetière, une morgue et quatre compagnies de pompiers volontaires ; sur la rue principale de 1.5 km de long, se trouvait le Miners Union Hall, un lieu qui servait de rencontre aux syndicats et de lieu de divertissement à la ville. C’est là qu’étaient organisés les bals, les concerts, les pièces de théâtre… Neuf usines fabriquaient les lingots d’or qui étaient expédiés à Carson City.

À cette époque, Bodie était une ville prospère, mais n’avait pas une bonne réputation. Les vols armés, les meurtres, les bagarres… étaient monnaie courante. D’ailleurs l’expression « The Badmen from Bodie » (qui signifie littéralement, les mauvais hommes venus de Bodie) s’utilise encore aujourd’hui pour désigner un délinquant notoire.

À partir de 1882, les rendements s’épuisent et quelques années plus tard, un incendie ravage le quartier commercial. En 1932, un deuxième incendie ravage une grande partie des bâtiments restants. Néanmoins, les mines restent ouvertes jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, date à laquelle les mines sont temporairement fermées. En 1940, l’école et la poste de Bodie sont fermées, faisant tomber la ville dans l’oubli. Et la ville est désertée par ses derniers habitants.

 

Bodie, une ville violente

La maison de la famille Cain

 

Pour comprendre pourquoi Bodie est une ville hantée, il faut comprendre que beaucoup de chercheurs d’or y sont morts dans d’atroces souffrances, certains tués lors des bagarres, d’autres gelés à cause de la neige…

La ville est située sur un plateau à 2800 mètres d’altitude. Elle est entourée d’une chaîne de montagnes où se trouvent les mines. Le climat est rude. Bodie est connue pour ses fortes chutes de neige, ses vents violents. L’hiver 1878 a été particulièrement froid. Il faut aussi savoir que Bodie est une ville isolée. Sa ville la plus proche est Carson City, la capitale du Nevada, située à 170 km. Et l’hiver, lors des tempêtes, la ville n’était plus approvisionnée.

Pour passer le temps, des milliers d’habitants, mal nourris, mal logés, tuaient le temps à jouer aux cartes, à se bagarrer et certains succombaient d’épuisement dans la neige ou dans des bagarres. Les morts étaient violentes, sanglantes. Beaucoup aussi succombèrent de maladie dans d’atroces souffrances.

Au printemps, avec l’arrivée de nouveaux hommes, les privations de l’hiver semblaient oubliées et l’excitation de découvrir un nouveau filon ressurgissait. Mais peu de chercheurs d’or qui avaient passé l’hiver à Bodie étaient en vie. Ceux qui avaient réussi à passer l’hiver rêvaient de richesse. La plupart détenaient des actions dans les mines d’or.

Les saloons et les salles de jeu construits sur Maine Street n’étaient que des maisons délabrées et misérables. Les hôtels et pensions étaient de mauvaise qualité et construits avec des planches en bois.

En tout, il y avait une centaine de mines à Bodie, mais, à l’exception de la « Standard » et de la « Bodie » elles n’avaient pas beaucoup de rendement et aucune des vingt compagnies minières n’a su développer les mines. Les hommes mourraient aussi beaucoup dans les mines. Il fallait descendre à 175 mètres de profondeur pour espérer trouver de l’or.

Tout le monde croyait que la ville allait connaître la prospérité. Elle l’a connue, en effet, mais cela ne dura pas.

L’odeur de l’argent avait attiré beaucoup d’hommes peu recommandables, qui passaient leur temps à voler, à se bagarrer. Ces mauvais hommes étaient appelés des desperados, des personnages violents qui vivaient des jeux, des vols et autres moyens douteux.

Donc, en plus du climat rude, Bodie était aussi connue pour ses bagarres, ses fusillades, ses meurtres, ses hold-up. Tout cela faisait partie du quotidien des habitants de la ville.

À l’extrémité nord de la ville, on avait réuni les maisons closes dans un même quartier. L’histoire raconte que lors d’une grave épidémie, une prostituée, Rose May, a soigné et sauvé un grand nombre de malades. Mais, cet acte de pure compassion ne racheta pas ses fautes. À sa mort, elle fut enterrée en terre impie, à l’extérieur des grilles du cimetière.

À cela, ajoutons que de nombreux hommes d’affaires embauchèrent des Chinois pour travailler dans les usines et les payaient une misère. Par exemple, dans la Bodie et Benton Railroad, une entreprise spécialisée en fabrication en bois de chauffage ou en bois pour la mine, ainsi que les entreprises de chemins de fer, embauchèrent des Chinois qu’ils payèrent une misère. Ces derniers se regroupèrent dans un quartier de la ville, ouvrirent un temple taoïste et des fumeries d’opium.

Une ville maudite

Green Street

 

Durant la Seconde Guerre mondiale, après les deux incendies, seuls six habitants étaient encore à Bodie. Et certains allaient mourir dans d’étranges circonstances. On raconte qu’un jour, un habitant assassina sa femme à coup de fusil et que pour venger la mort de cette femme, trois autres habitants tuèrent le mari. Trois jours plus tard, le mari apparaissait en fantôme à ses trois tueurs pour les menacer. Le lendemain, ces derniers moururent emportés par un mal mystérieux.

On sait qu’à l’époque où l’on déserta la ville de Bodie, les entreprises de déménagement n’existaient pas. Ceux qui partaient de la ville prenaient avec eux ce qu’ils pouvaient et laissaient le restant de leurs affaires derrière eux. L’abandon de plusieurs maisons donne aujourd’hui l’impression que le temps s’est figé à cette époque.

Une légende raconte que les esprits des anciens habitants de Bodie protègent ces vestiges des pilleurs. Ils veillent leurs biens restés sur place. Il est fortement déconseillé à un visiteur qui souhaite ramener un souvenir de sa visite à Bodie de rapporter ne serait-ce qu’un caillou de la ville au risque que la malédiction qui frappe Bodie s’acharne sur lui jusqu’à ce que cet objet reprenne sa place.

Beaucoup des habitants qui avaient vécu à Bodie étaient très possessifs. Ils tenaient à leurs biens, tenaient à leur maison construite dans ce coin du monde isolé et balayé par des tempêtes hivernales. Selon la légende, quiconque essaye d’enlever quoi que soit à la ville, un vestige, une tasse restée dans une maison, une photo… serait maudit. Le malheur s’abattrait alors sur cet imprudent jusqu’à ce que l’objet soit rendu. On prétend aussi que les fantômes de Bodie patrouilleraient dans les rues de la ville pour prévenir les vols.

Brad Sturdivant, garde forestier et guide touristique, affirme que ceux qui ont osé prendre quelque chose dans une habitation, un vieux clou, un morceau de bois… bref un souvenir, reviennent rapidement le rapporter espérant ainsi se débarrasser de la malédiction qui s’est abattue sur eux. Beaucoup n’osent pas revenir sur les lieux et envoient l’objet par la poste. Parfois, ces colis sont accompagnés de lettres dans lesquelles les imprudents témoignent de leur désespoir.

Les messages de ceux qui se pensent maudits sont conservés au musée de la ville. Si vous avez l’occasion de les lire, cela fait froid dans le dos.

 

Bodie, la ville hantée

Le cimetière de Bodie

 

Dès les années 40, Bodie était devenue une ville fantôme et les touristes en mal de sensations fortes visitaient déjà ce lieu que l’on pensait hanté.

La ville resta abandonnée de nombreuses années, à la merci des intempéries, du vent, des tempêtes de neige et la plupart des bâtiments encore debout se détériorèrent dans l’indifférence générale. Jusqu’en 1964, année où la ville devint la propriété du State Historic Park. Des travaux furent entrepris pour protéger les 168 bâtiments restants ainsi que le cimetière.

Aujourd’hui, un garde forestier et certaines personnes membres de l’institut occupent certaines des vieilles maisons de la ville afin de préserver la ville. Quelques personnes y habitent même en permanence. Un musée a été ouvert, ainsi qu’une boutique de souvenirs et de nombreux touristes viennent visiter cette ville représentative de l’époque de la ruée vers l’or.

La ville attire aussi beaucoup de chasseurs de fantômes, car on l’a dit hantée. Son activité paranormale est décrite comme effrayante.

Il y aurait la maison de Jim Cain, un homme d’affaires très riche à l’époque, qui serait hantée par une domestique, une jeune Chinoise que l’on avait soupçonnée être la maîtresse de Jim. Cette dernière, déshonorée, fut renvoyée et ne trouva plus d’emploi dans la ville. Désespérée, elle se serait suicidée. Certains enquêteurs du paranormal auraient vu la jeune femme dans la maison de son prétendu amant. Ils auraient aussi été témoins de phénomènes inexplicables, comme le son d’une musique, des bruits étranges, l’apparition d’un visage d’une femme à une fenêtre du deuxième étage, des portes qui s’ouvrent et se ferment seules…

Dans une autre maison, celle de la famille Mendocini, il se passerait aussi des choses étranges. On y aurait entendu des rires d’enfants et on y aurait senti une odeur de cuisine italienne. Pareil, à la maison de la famille Dechambeau, une silhouette d’une femme serait apparue plusieurs fois à une fenêtre de l’étage.

En matière de phénomènes paranormaux, le cimetière de Bodie n’est pas en reste. En effet, il y a dans ce cimetière une statue de marbre blanc représentant un ange. On l’appelle l’Ange de Bodie. Cette statue surplombe la tombe d’un enfant de trois ans qui aurait été tué accidentellement d’un coup à la tête par un autre enfant. Un jour, un visiteur se trouvait devant cette tombe avec sa petite fille. Il raconta que sa fille jouait et riait avec un autre enfant invisible.

Les phénomènes les plus troublants sont, sans conteste, les objets qui se déplaceraient seuls dans toute la ville et qui sont retrouvés dans des endroits improbables.

La ville abandonnée de Bodie reste une référence pour les chasseurs de fantômes qui tentent de prouver l’existence d’un monde surnaturel. Et ils ont récolté pas mal de preuves quant à l’existence d’entités. D’ailleurs, on peut se dire que si cette ville est hantée, ce n’est pas pour rien ! En effet, la ville de Bodie a connu des morts atroces, des fusillades, des meurtres… que forcément, des traces de toutes ses souffrances restent au sein des murs de la ville.

 

Marie d’Ange

 

Pour aller plus loin

Sources : mindshadow.fr, books.google.fr

2 Responses to “La ville maudite de Bodie”

  1. Ivanna

    Merci, je ne connaissais pas du tout cette ville, cas très intéressant. 🙂

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