La forêt Aokigahara, la forêt du suicide

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Dans la forêt de Aokigahara, les GPS ne fonctionnent pas, ni même les téléphones portables. Les randonneurs qui s’égarent n’en reviennent jamais. Les Japonais y vont pour se suicider. Aokigahara est une forêt verdoyante qui attire les candidats au suicide, qui empeste la mort. Alors si vous avez peur des forêts, des bruits bizarres que l’on entend lorsque l’on se balade en forêt, des arbres aux formes bizarres, des insectes… n’allez pas dans cette forêt maudite. Vous n’en ressortirez pas vivant.

 

Aokigahara, la forêt maudite

La forêt des suicidés

La forêt des suicidés

 

Aokigahara est une forêt de 35 km2 qui s’étend à la base du mont Fuji au Japon. Appelée aussi Jukai (qui signifie mer d’arbres), cette forêt est connue pour le nombre élevé de morts retrouvés depuis les années 1950, pour la plupart dues à des suicides.

La forêt de Aokigahara est située au nord-est du mont Fuji. Elle couvre l’emplacement d’une large coulée de lave qui a enseveli la région lors de l’éruption de 864 qui dura six jours. Est-ce peut-être là un début d’explications quant à la hantise de ce lieu.

Aokigahara est le lieu de la plupart des suicides par pendaison se déroulant dans la ville de Yamanashi. Pour info, il y a eu 370 suicides en 2005, 376 en 2006 et 342 en 2007. Et cela a continué jusqu’à aujourd’hui. C’est pourquoi beaucoup d’histoires circulent sur cette forêt prétendue hantée par les esprits des suicidés.

Cette forêt est considérée comme l’un des sites où l’on se suicide le plus au monde avec le Golden Gate Bridge à San Francisco.

Aujourd’hui, des gardes forestiers sillonnent régulièrement le site pour prévenir d’éventuels nouveaux actes de suicide.

La forêt d’Aokigahara fait 3 000 hectares. Normalement, en marchant à un bon rythme, on peut la traverser en trois ou quatre heures. Et pourtant, dans cette forêt étrange, la tâche semble impossible. La légende dit que tous ceux qui s’y aventurent n’en reviennent jamais.

Aujourd’hui encore, beaucoup de randonneurs qui s’y sont aventurés s’y sont perdus et l’on a retrouvé leurs corps dévorés par une bête affamée, par « quelque chose » que l’on ne peut nommer. La forêt est dense, obscure. Même le soleil n’y pénètre pas.

Une autre légende raconte que de nombreuses chauves-souris voraces habitent la forêt et qu’elles attaqueraient les randonneurs. Et ceux qui partent pour élucider le mystère de cette forêt maudite ne reviennent jamais.

Dans cette forêt, les boussoles perdent le nord et si l’on suit leurs indications, on tourne en rond et l’on revient toujours au point de départ. Des dysfonctionnements des outils de mesure digitaux ont aussi été notés. Le feuillage est dense, ce qui fait que l’on ne peut se repérer grâce au soleil ou aux étoiles. Et pour couronner le tout, les GPS ne fonctionnent pas !

Le paysage est très similaire, ce qui crée, dans l’esprit, une distorsion du sens de l’orientation. De ce fait, tous les chemins se ressemblent. Et le sol paraît solide alors qu’en vérité, il se trouve à 30 ou 40 cm plus bas, caché sous un tapis de feuilles et de racines. Donc, si vous regardez droit devant vous, vous tombez. Cette forêt possède de nombreuses cavités énormes et profondes, formées naturellement par la lave. Ces crevasses se cachent sous les mousses et la végétation. Il est alors très facile d’y chuter et ne plus jamais se relever. De plus, si vous chutez, vous n’êtes pas à l’abri de vous retrouver coincé pour l’éternité avec un squelette qui vous regarde en souriant. Aucune issue, aucun sauvetage possible si vous êtes seul.

Et je ne vous ai pas parlé des étranges cavernes qui se terrent dans le sol ! Cavernes d’ailleurs qui sont prisonnières des glaces, et cela même en été. C’est surprenant. Peut-être des portes donnant sur l’enfer.

Tous ces phénomènes, toutes les disparations des randonneurs, tous ces suicides ont créé toutes sortes de légendes à propos de monstres, de gobelins, de démons et de fantômes qui hanteraient cette forêt à la réputation maudite.

À noter qu’à cause du taux d’humidité élevé ainsi qu’une grande population d’oiseaux et d’animaux sauvages, les corps pourrissent rapidement dans ce labyrinthe végétal. Un rapport mentionne le cas d’une femme retrouvée trois jours après sa mort. Les fourmis et les rongeurs avaient déjà dévoré le corps jusqu’à l’os, le rendant méconnaissable.

 

Un lieu de suicide

Seicho Matsumoto auteur du livre "Naminotô"

Seicho Matsumoto auteur du livre « Naminotô »

 

Si vous avez peur des forêts, n’allez surtout pas à Aokigahara, car ce lieu est considéré comme l’un des lieux les plus hantés du Japon. On raconte que lorsque l’on y va, on n’en revient jamais. C’est aussi l’endroit préféré des Japonais pour mettre fin à leurs jours.

C’est dans cette forêt maudite que le réalisateur Gus Van Sant a choisi pour filmer son film « Nos Souvenirs » dans lequel on suit Arthur Brennan, fraîchement veuf et déprimé, qui n’hésite pas à faire le voyage jusqu’au Japon pour aller se suicider à Aokigahara, avant de croiser Takumi, un Japonais tout aussi déprimé que lui.

Cette réputation de forêt du suicide a été appuyée par la nouvelle de Seicho Matsumoto publiée en 1959, auteur de romans policiers, « Nami no tô ». Lorsqu’il a écrit cette nouvelle, Seicho Matsumoto n’avait pas vraiment en tête d’en faire un livre de chevet pour suicidaires et pourtant c’est ce qu’il se passa. L’histoire raconte la romance interdite entre un procureur et une jeune femme, tous deux menacés par un maître chanteur et qui se jettent dans la forêt maudite pour y mourir.

Trente-quatre ans plus tard, un autre livre viendra asseoir la réputation de la forêt avec la publication de l’ouvrage de Wataru Tsurumi « Kanzen Jisatsu Manyuraru » qui est un essai de 198 pages sur le mode d’emploi du suicide. C’est dans cet ouvrage écoulé à 1.1 million d’exemplaires au Japon que l’on peut lire que la forêt de Aokigahara est le meilleur endroit pour se suicider. D’ailleurs, il n’est pas rare que les autorités retrouvent à côté des cadavres un exemplaire de cet ouvrage. Ce livre indique même les endroits précis où il faut se suicider dans cette forêt. Selon l’auteur, ce sont les meilleurs endroits pour éviter que l’on retrouve le corps et ainsi conclure à une mystérieuse disparition. Après la publication cet ouvrage, le taux de suicide augmenta fortement au Japon et beaucoup partirent à Aokigahara pour se donner la mort.

Aokigahara a été un lieu privilégié pour déposer les personnes âgées en fin de vie. Mais aussi un lieu d’infanticides pratiqués à la fin du XIXe siècle dans les campagnes. À cette époque, les Japonais sacrifiaient les nouveau-nés pour réguler la population en vue de la modernisation du pays. Ce qui fait de ce site un lieu de mort, un lieu idéal pour se suicider, mais aussi pour se débarrasser d’un corps après un meurtre.

Au Japon, 80% de la population a adopté la religion Shintô qui s’appuie sur la croyance d’une infinité d’esprits et de divinités. Les prêtres Shintô pratiquent de nombreux rites pour s’attirer les bonnes grâces des esprits. Et pour s’en protéger ou chasser les mauvais esprits, ils se livrent à des exorcismes ou à des rites de purifications. Les Japonais croient au surnaturel, à la présence d’esprit. Et c’est pourquoi ils disent que la forêt d’Aokigahara est hantée par les esprits qui y ont trouvé la mort, car cette forêt a été le théâtre de nombreuses morts mystérieuses, de sacrifices, de suicides ou de disparations. Elle serait donc hantée par les esprits tourmentés qui entraînent dans leur sillage les promeneurs égarés les poussant au suicide.

Pour faire face à cette réputation, les autorités ont mis en place des procédures pour éviter les drames et minimiser les rumeurs, mais rien n’y fait.

Par exemple, ils ont installé des panneaux à l’attention des promeneurs dépressifs, afin qu’ils ne passent pas à l’acte. On peut lire sur l’un d’eux : «La vie est un cadeau précieux offert par vos parents. S’il vous plaît, pensez à eux, à votre entourage, à vos amis. Ne gardez pas les choses en vous. Parlez-en.»

Ainsi, les autorités espèrent juguler les décès annuels enregistrés par an, car on vient même de très loin pour se donner la mort dans cette forêt maudite. En même temps, cela leur évitera de faire le ménage, car les suicidés laissent derrière eux tout un tas d’objets (torches, rubans, cordes, tentes, médicaments…) qu’il faut nettoyer.

 

Le suicide, un acte de bravoure au Japon

la forêt Aokigahara

Des objets retrouvés un peu partout dans la forêt qu’il faut nettoyer

 

Au Japon, le suicide ne souffre d’aucun tabou. Il est même considéré comme un geste capable de rétablir un honneur perdu, un acte courageux. Ces valeurs morales, que l’on trouve aussi chez les femmes sous le nom de jigai, remontent à des temps très anciens.

Pour comprendre le phénomène, il faut remonter au temps des samouraïs. Minamoto no Yorimasa a été le premier samouraï à commettre le seppuko (l’autoéventration) afin de rétablir son honneur perdu. On comprend alors pourquoi au Japon le suicide est considéré comme un geste honorable pour redorer l’image et l’honneur de sa famille. Et Dieu sait que les Japonais tiennent à leur honneur !

Toujours au Japon, les forêts et les montagnes sont traditionnellement considérées comme des lieux sacrés. Ainsi, en se donnant la mort à Aokigahara, les Japonais et les étrangers font parfois des milliers de kilomètres pour atteindre ce site espérant ainsi se transformer en esprit et que cet esprit continuera à vivre dans un lieu privilégié.

 

Une réputation de forêt meurtrière

La forêt des suicidés

La forêt des suicidés

 

Certains des corps retrouvés dans la forêt du suicide sont tout simplement ceux de randonneurs égarés.

Des groupes de personnes nettoient régulièrement la forêt de ses cadavres et pour ne pas s’y perdre, ils attachent des rubans plastiques sur les chemins qu’ils empruntent. Ce qui leur permet, à la manière du Petit Poucet, de revenir à leur point de départ. Ces rubans sont ensuite laissés en place. Beaucoup de personnes ont réussi à sortir de ce labyrinthe grâce à ces rubans. On voit ces rubans de la nationale N139 qui longe la forêt.

Près de la forêt, il y a un camp d’entraînement militaire. Certains de ces militaires recommandent de ne pas regarder vers la forêt lors des entraînements, car ils pensent que si on la regarde, on est attiré par elle et elle nous tue.

D’autres histoires font mention de personnes qui furent témoins d’effroyables apparitions fantomatiques, ou de démons. Ils pensent que ce sont les esprits des suicidés qui errent sans but dans la forêt.

On dit que ce lieu est le purgatoire des Yurei, des fantômes vengeurs qui ont été arrachés à la vie trop tôt par une mort violente comme le suicide ou le meurtre. Ces derniers hurleraient leur souffrance à travers le vent. On dit que même les arbres sont imprégnés de cette énergie malveillante accumulée depuis des siècles et qui proviendrait de tous les suicidés. Ces derniers feront tout pour vous garder dans ce lieu maudit.

On se souvient du film « Nos Souvenirs » de Gus Van Sant, présenté au Festival de Cannes sous le nom de La Forêt des Songes. Dans ce film, ce n’est pas Matthew McConaughey, qui incarne un homme suicidaire, ni même Naomi Watts, qui incarne la jeune femme déprimée, qui sont les personnages principaux, mais bien la forêt d’Aokigahara.

 

 

La forêt d’Aokigahara est un lieu où l’on trouve beaucoup de morts au mètre carré, décès qui ont lieu par suicide ou simplement par accident. D’où sa réputation de forêt hantée. Pour ma part, je ne crois pas qu’elle soit. Elle est dangereuse, certes, à cause de sa végétation luxuriante, des cavités, des animaux… mais elle n’est pas hantée. Et si les Japonais viennent s’y suicider, c’est tout simplement parce que c’est dans leur culture d’agir ainsi. Un conseil : si vous y allez, prenez avec vous un bon guide au risque de finir comme ceux qui s’y sont aventurés et s’y sont perdus.

 

Marie d’ange

 

Pour aller plus loin

 

Sources : maison-hantee.com, ici-japon.com, slate.fr

 

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