Alrune et mandragore, deux créatures démoniaques

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Les anciens Germains et Scandinaves croyaient aux divinités auxquelles ils vouaient des cultes. Dans ces divinités, il y avait les alrunes pour les Germains et les mandragores pour les Scandinaves, deux créatures identiques, de sortes de démons familiers que l’on priait, à qui l’on demandait des faveurs et qui prédisaient l’avenir. Découvrons ces deux créatures légendaires.

 

Les alrunes

Diderot et Alembert ont écrit à propos des alrunes qu’elles étaient, pour les anciens Germains, de petites figures de bois dont ils faisaient leurs Lares ou des divinités qui étaient chargées de prendre soin de la maison et des personnes.

La mythologie germanique parle de ces alrunes comme des créatures qui portaient soin aux familles. Les anciens Germains croyaient en cette créature divine et avaient chez eux deux petites statues en bois symbolisant les alrunes qu’ils priaient. Ces statuettes représentaient des sorcières, jamais des sorciers, et l’on disait que les alrunes tenaient la fortune des hommes dans leurs mains. Pour se faire bien voir des alrunes, on habillait ces statues proprement, on les couchait dans de petits coffres, on les lavait avec du vin et de l’eau, on leur donnait à manger et à boire de peur qu’elles ne se mettent à crier et qu’elles rendent pauvres la famille.

Ces statuettes représentant les alrunes étaient conservées dans un endroit secret et l’on allait souvent leur rendre hommage afin de ne pas souffrir d’infortune, de danger ou de maladie. Les alrunes pouvaient aussi prédire l’avenir par des mouvements de tête et même, quelquefois, en parlant. Encore aujourd’hui, cette superstition demeure au sein de la basse Allemagne, chez les Danois et chez les Suédois.

Mais, derrière tout mythe se cache une part de vérité. Si les anciens Germains vénéraient ces créatures qu’ils appelaient alrunes à travers des statuettes de bois, c’est qu’il y a eu un évènement, quelque chose qui s’est passé pour que le mythe se mette en place.

Dans les temps anciens, les démons et toutes les créatures magiques (fées, farfadets…) vivaient au milieu des hommes. Nous avons des témoignages édifiants de leur présence sur terre. Certains s’attachaient aux humains, certains leur rendaient des services. Avec l’arrivée de la science et surtout avec l’arrivée d’une pensée athée, ces créatures ont été obligées de se cacher. Elles sont toujours présentes, mais ne se font plus voir. C’est le cas notamment des démons, et, dans le cas qui nous intéresse, des alrunes et des mandragores.

L’alrune est une créature légendaire qui aurait vécu au sein des anciens Germains. Les alrunes sont en fait les mandragores des Scandinaves, car en allemand, alraune signifie mandragore. Ces êtres légendaires auraient tenu le destin des hommes en leur pouvoir et tous ceux qui possédaient une alrune, devaient lui prodiguer des soins, comme l’habiller, lui donner à manger, la laver… sinon, au lieu d’annoncer l’avenir, l’alrune se mettait à crier.

Au fil des siècles, les démonologues ont cherché à comprendre ce qu’était l’alrune et donc la mandragore. Et ils sont arrivés à la conclusion qu’elle était un démon succube capable de prendre toutes les formes possibles, mais incapables de changer de sexe. Les alrunes auraient même mis au monde, en forniquant avec des humains, la lignée des Huns.

Les alrunes sont donc des démons succubes et les mères des Huns, mais aussi des statuettes fétiches que l’on appelait mandragores en Scandinavie.

 

La mandragore

Aujourd’hui, la mandragore représente une plante officinale voisine de la belladone. C’est une plante hallucinogène entourée de nombreuses légendes.

Le terme français « mandragore » vient du latin mandragoras tiré lui-même du grec. L’étymologie du grec est obscure, pour certains, le terme grec « mandragoras » serait issu du nom de la mandragore en assyrien man. tar. ira, qui veut dire « la drogue de Namta ; Namta étant un démon pestilentiel provoquant des maladies, on comprend que l’origine ancienne de la mandragore est un démon.

Comme je l’ai dit plus haut, la mandragore est aussi une plante hallucinogène. Par sa composition chimique, c’est un puissant sédatif et narcotique, antispasmodique, hypnotique. Elle présente aussi des propriétés aphrodisiaques.

La plante possède des effets hallucinogènes remarquables. Ses principes actifs traversent aisément la peau et passent dans la circulation sanguine très vite. D’ailleurs, les sorcières du Moyen Âge s’enduisaient les muqueuses et les aisselles d’un onguent fabriqué à base de mandragore. C’est comme cela qu’elles entraient en transe. Les sorcières s’enduisaient le corps de cet onguent afin de s’envoler dans les airs, à cheval sur un balai ou une fourche, et partaient pour le sabbat.

Les accusations qui conduisaient les sorcières au bûcher comportaient deux composants : les maléfices et le pacte avec le Diable. Le procès s’ouvrait sur une plainte pour les maléfices répétés d’une jeteuse de sort qui était censée provoquer la mort de nouveau-nés, faire tomber la grêle sur les récoltes… l’accusation d’assistance au sabbat n’apparaissait que plus tard, lorsque les juges ecclésiastiques s’emparaient du dossier. Au Moyen Âge, on croyait au Diable et on avait tendance à tout diaboliser. On croyait que des femmes pactisaient avec lui dans le but de détruire l’Église et ces femmes étaient envoyées au bûcher. Heureusement que cela a cessé !

Aujourd’hui, on ne croit plus au Diable, ni aux sorcières, ni à la magie, ni aux miracles… De nos jours, on croit à l’argent ; sauf que l’argent appartient au démon, c’est son meilleur moyen d’attirer à lui le plus d’âmes possible.

Revenons aux sorcières. Ces femmes s’enduisaient d’onguent fabriqué à l’aide de mandragore. On sait que c’est une plante hallucinogène et l’on peut donc se dire que le sabbat était le seul produit de leur imagination, qu’il était le résultat de la prise de cette substance narcotique. Mais, de nombreuses études historiques, notamment les aveux des sorcières, ne permettent pas de conclure que toutes ces femmes étaient droguées. Il existe une poignée de témoignages de femmes avouant la prise de cet onguent, mais beaucoup n’en prenaient pas. Donc, le phénomène ne peut être généralisé, donc le sabbat reste encore aujourd’hui inexpliqué.

Dans l’antiquité, la mandragore était associée à des croyances de rituels magiques.

En occident, au Moyen Âge, il existait un rituel d’arrachage de la mandragore. Les collecteurs de la plante dégageaient les racines, les attachaient à des chiens et attiraient les animaux au loin. On pensait que la plante avait une telle puissance magique que si l’herboriste s’aventurait à la déraciner lui-même, il s’exposerait à une mort certaine. On pensait que la racine possédait une puissance divine et que, extraite, elle pouvait tuer.

Dans les écrits de Paracelse (1493 – 1541), on peut lire que pour se procurer la racine de mandragore, il fallait d’abord l’endormir à l’aide de rituels magiques, car celui qui l’arrachait sans précaution devenait fou en entendant les hurlements ou serait poursuivi par sa malédiction. Cette image de plante qui hurle rejoint cette de la statuette hurlante des anciens Germains.

Ces rituels magiques se déroulaient les nuits de pleine lune. Les mandragores qui poussaient au pied des gibets étaient très prisées, car on les disait fécondées par le sperme des pendus. C’est de là qu’elles tiraient leur vitalité. Les mandragores qui poussaient à côté des places de supplice ou des lieux de crémation étaient aussi très demandées, car elles se nourrissaient de la souffrance humaine.

(On voit ici clairement que la plante avait un côté obscur, noir, démoniaque, puisqu’elle poussait sur des lieux de souffrance et s’en nourrissait).

Des « prêtres » traçaient avec un poignard rituel trois cercles autour de la mandragore et creusaient ensuite pour dégager la racine. Le cérémonial était accompagné de prières et de litanies. Une jeune fille vierge se plaçait à côté de la plante pour lui tenir compagnie. Puis, on passait une corde autour de la racine et l’on attachait cette corde autour du cou d’un chien affamé que l’on excitait au son du cor. Les prêtres appelaient alors au loin le chien pour qu’en tirant sur la corde, il arrache la plante.

À l’arrachage, la plante émettait un hurlement atroce, épouvantable, qui tuait l’animal et les hommes qui n’avaient pas pris soin de boucher leurs oreilles avec de la cire.

Une fois la plante déracinée, on la lavait, on la faisait macérer puis on la menait à maturation dans un  linge propre. La racine prenait alors la forme d’un petit homme. On la choyait, car elle procurait à son possesseur prospérité, richesse et fécondité. Cette plante était vendue très cher, d’autant plus qu’elle avait forme humaine. D’où la ressemblance aux alrunes des anciens Germains qui prenaient soin de statuettes de bois.

La mandragore est aussi utilisée dans les rituels vaudous.

 

La mandragore ressemble aux petites statues de bois des anciens Germains. Elle est entourée de mystère et de fascination en raison de l’apparence plus ou moins anthropomorphe de sa racine et de nombreuses légendes courant à son sujet, comme au sujet des alrunes d’ailleurs. La mandragore est réputée pour son cri mortel lorsqu’on l’arrache du sol, tout comme l’alrune qui se met à crier lorsqu’on ne la soigne pas. Par contre, que ce soit la mandragore ou l’alrune, si l’on y prend soin, toutes deux procurent richesse, prospérité et fécondité à celui qui la possède. Et toutes deux sont des créatures démoniaques en ce sens qu’elles se nourrissent de la souffrance de l’homme, qu’elles lisent l’avenir, qu’elles peuvent faire le mal, mais aussi le bien avec des contreparties. En ce sens, elles ressemblent à des démons familiers.

 

 

Marie d’Ange

 

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